Voyage d’étude des pisciculteurs wallons dans l’Est de la France et en Suisse


La semaine dernière a eu lieu le premier voyage d’étude des pisciculteurs wallons organisé par le Collège des Producteurs et financé en partie par la Wallonie et le Fonds Européen pour les Affaires Maritimes et la Pêche (FEAMP). Ce voyage avait pour but de découvrir de nouvelles techniques et technologies mises en place chez nos voisins afin d’aider nos pisciculteurs à investir intelligemment grâce aux futurs fonds FEAMP bientôt disponibles en Wallonie pour les investissements.

Ce voyage, à l’ambiance décontractée bien que studieuse, nous a conduit du département de la Meuse à la Suisse, en passant par la Moselle et l’Alsace.


Étape 1 : Pisciculture du Moulin Neuf

Pisciculture relativement proche de chez nous, l’intérêt de cette visite portait sur les problèmes d’alimentation en eau dont souffre la pisciculture lors des étés chauds, comme c’est aussi le cas chez nous. Pour y face, une recirculation partielle de l’eau y est effectuée à l’aide d’un élévateur à eau, sorte d’hélice fonctionnant à l’intérieur d’un tuyau et permettant de pomper l’eau sur une faible hauteur, rendant sa consommation énergétique très faible.

Cette visite a aussi permis de découvrir une technique de protection latérale pour les cormorans. Il s’agit de fils de pêche lestés par un gros boulon et disposés à intervalle régulier d’environ 30cm. L’oiseau voulant passer s’enroule les ailes dans les fils et se retrouve coincé, sans avoir pu pénétrer dans les bassins.


Étape 2 : UR AFPA

L’Unité de Recherche « Animal et Fonctionnalités des Produits Animaux » (UR AFPA) est un centre de recherche de l’Université de Lorraine à Nancy. Cette structure moderne « High Tech » est constituée, entre autres, d’Ecotrons, sorte de pièces individuelles où beaucoup de paramètres peuvent être contrôlés et variés (température de l’air et de l’eau, pH, conductivité, luminosité, etc), le tout en circuits fermés individuels.

Un des objectifs de l’UR AFPA est de tester et de maîtriser l’élevage de nouvelles espèces telles que le sandre et la perche ainsi que de tester les effets du polyélevage d’espèces piscicoles.


Étape 3 : Pisciculture Messang

Site intéressant à plus d’un titre : il a subit 3 contaminations par la SHV au cours de ces dernières années et l’exploitant s’est battu pour mettre en place un programme d’éradication (ce qui fait cruellement défaut chez nous…). De plus, il a pu bénéficier de fonds FEAMP pour la mise en place de filets de protection couvrant l’entièreté de son site de production. Enfin, un astucieux réseau de tuyaux enterrés relie tous les bassins au trieur à poissons et permet d’acheminer ces derniers vers le trieur puis vers les bassins, réduisant considérablement le stress des animaux et les efforts physiques humains.


Étape 4 : Pisciculture Kircher

Le piégeage involontaire de plusieurs Balbuzards pêcheurs il y a quelques années a amené cet exploitant à développer un nouveau système en collaboration avec le groupement ornithologique local pour, d’une part, protéger les élevages piscicoles et, d’autre part, ne pas piéger la faune prédatrice. La ferme est donc recouverte de fil de 2mm de Perlon tendus à espace régulier de 10 à 12cm. Des filets sont montés sur les côtés de l’installation (maille de 5x5cm) et des pics sont disposés sur les mats pour éviter que des oiseaux ne s’y posent. Tout le système est par ailleurs breveté. PDF


Étape 5 : Pisciculture Aux sources du Heimbach

Ce site est caractérisé par un atelier de transformation agréé au niveau européen (comme il en existe aussi chez nous) qui développe de nombreux produits dont certains avec l’aide d’un chef local. La gamme de produits se tourne de plus en plus vers les transformations de grosses truites saumonées produites par le site de production de l’exploitant, à 100km de là.


Étape 6 : Tropenhaus Frutigen

Ce site est atypique à plus d’un titre. Il s’agit d’une pisciculture d’esturgeons, de sandres et de perches en circuit fermé. Le tout, couplé à une serre tropicale pour la production de fruits et légumes tropicaux. Lors de la percée du tunnel du tunnel de base du Lötschberg, une poche d’eau de 18°C a été révélée et a dû être drainée, au risque de complètement changer le biotope des rivières locales. Il a donc été décidé d’utiliser cette eau tiède pour alimenter une pisciculture en circuit fermé et une serre tropicale. Bien que les technologies développées sur place ne soient pas directement transposables dans l’énorme majorité de nos piscicultures wallonnes, le musée dédié à l’esturgeon et au caviar ainsi que les espèces élevées offrent une belle palette de diversification.


Pour conclure, ce premier voyage fut une réussite à tous points de vue et a permis, en plus de découvrir de nouveaux sites de productions et des nouvelles technologies, de souder le groupe et d’amener beaucoup d’échanges très intéressants entre les participants. Rendez-vous est d’ores et déjà pris pour l’an prochain, en espérant un taux de participation encore plus important que cette année (18 participants).

Une description plus précises des sites visités est disponible ici :

Voyage d’étude des pisciculteurs

Benoît Thomassen, Chargé de mission Aquaculture