(Bien-être animal) Oui, le pâturage hivernal des ovins est compatible avec le bien-être animal


A l’approche de l’hiver et face à un renforcement de la législation en matière de bien-être animal, notamment en regard de la possibilité de saisie des animaux pour cause de maltraitance, faisons le point sur le bien-être des ovins au cours du pâturage hivernal. Une question tout autant utile pour l’éleveur lui-même que pour l’éleveur confronté aux regards et interpellations de son voisinage.

Christel Daniaux, Chargée de mission ovins-caprins, Collège des Producteurs

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Le bien-être animal vu par les scientifiques : des brebis aussi bien dehors que dedans !

Pour pouvoir répondre objectivement à la question du bien-être des ovins lors du pâturage hivernal, l’Institut de l’Elevage, le CIIRPO et l’INRA – 3 structures de la recherche française – se sont intéressés à la question au cours de l’hiver 2015. Ils ont ainsi analysés le bien-être animal de 600 brebis romanes conduites au pâturage en hiver, comparativement à un nombre équivalent de brebis romanes conduites en bergerie, le tout sur 46 élevages.

Leur constat est clair : à condition de disposer d’une ressource fourragère suffisante, les brebis sont en meilleur état corporel à l’herbe qu’en bergerie en fin d’hiver. Du côté sanitaire, aucun problème majeur n’a été relevé sur les brebis au pâturage : ni boiteries, ni problèmes respiratoires,… L’état de santé observé était similaire au pâturage hivernal et en bergerie.

Une brebis qui dispose de suffisamment de nourriture et d’eau est aussi bien dehors que dedans. Photographe : A. Cuypers

 

L’état de la toison de la brebis fait partie des critères importants d’évaluation du bien-être animal, étant un indicateur de la qualité de l’environnement de l’animal aussi bien en bergerie qu’au pâturage. Les toisons des brebis lors du pâturage hivernal étaient propres et sèches : aucun cas d’humidité de la toison en contact de la peau n’a été observé, tout comme en bergerie. A contrario, certaines brebis maintenues en bergerie étaient très sales au niveau des flancs (dans 5 élevages sur 26, contre 0 élevages au pâturage). Il est à rappeler que la laine joue un rôle de thermorégulation, aussi bien pour les températures basses qu’élevées. Par temps de pluie, les brebis présentent une toison humide à l’extérieur mais pas en contact de leur peau : la toison joue donc parfaitement son rôle d’isolant.

 

Etat corporel, état sanitaire, humidité et propreté de la toison sont autant d’indicateurs de bien-être animal auxquels les scientifiques ont été attentifs lors de cette étude. Plus précisément, l’étude se base sur une méthode d’évaluation du bien-être des ovins aussi bien au pâturage qu’en bergerie, préalablement mise au point (fiche pratique consultable sur www.idele.fr : « Des indicateurs pour évaluer le bien-être des brebis »).

 

A la lecture de ces résultats, tout semble inciter l’éleveur à laisser dehors en hiver les brebis qui disposent de suffisamment d’eau et de nourriture. Qui plus est, n’oublions pas que, toujours sous condition d’une herbe suffisamment disponible, le pâturage hivernal peut permettre de limiter les coûts de production. Toutefois, nous devons nuancer cette affirmation de bien-être au pâturage en hiver pour les agneaux, cette étude ne portant que sur des brebis non suitées. A notre connaissance, aucune étude scientifique n’a évalué le bien-être des agneaux lors du pâturage hivernal.

 

Le bien-être animal version citoyens : de nombreuses plaintes chaque année

Du côté de la société, les préoccupations pour la qualité de vie des animaux ont été croissantes ces dernières années. En témoigne, par exemple, le tout dernier-né « Code wallon du bien-être animal » qui fût adopté en cet octobre 2018 par le Parlement wallon. Un des fondements de ce Code, en son article premier, est la reconnaissance de l’animal en tant qu’être sensible, c’est-à-dire un être doué de sensation, d’émotion et d’un certain niveau de conscience.

Parallèlement à cette heureuse évolution du statut de l’animal au sein de notre société, force est de constater que la montée de ces préoccupations a malheureusement souvent été accompagnée d’un jugement des conditions de vie des animaux selon notre propre sensibilité humaine… et non selon les réels besoins des animaux. Cet anthropomorphisme dont font preuve un certain nombre de citoyens va, de bonne foi, pousser un certain nombre d’entre eux à se mobiliser pour ce qu’ils considèrent être de la négligence voire de la maltraitance envers les animaux…

C’est par exemple ainsi que de nombreuses plaintes sont déposées chaque année pour des animaux laissés dehors en plein hiver, encore davantage quand la neige recouvre nos pâtures. Et les craintes de voir les animaux saisis par les organismes de la protection animale sont aujourd’hui dangereusement grandissantes (voir l’évolution législative en encart). Pourtant, tout du moins pour les brebis, la science démontre que leur bien-être au pâturage est assuré, même par des conditions hivernales.

 

Et du côté de la loi ?

Aucune réglementation spécifique au bien-être des ovins n’existe. C’est donc la Loi relative à la protection et au bien-être des animaux de 1986 et le nouveau Code wallon du bien-être animal qui prévalent. En vertu de cette loi de 1986, toute personne qui détient un animal doit prendre les mesures nécessaires afin de procurer à l’animal une alimentation, des soins et un logement qui conviennent à sa nature, à ses besoins physiologiques et éthologiques et à son état de santé.

Ainsi, tout animal doit :

Pour protéger l’animal des conditions météorologiques défavorables, un simple abri naturel peut suffire.
  • Avoir la possibilité de s’abriter ou d’être rentré en cas de fortes intempéries
  • Disposer d’une surface de repos propre et sèche
  • Avoir accès à l’eau et à la nourriture
  • Avoir la possibilité de se mouvoir sans entrave
  • Recevoir les soins vétérinaires appropriés en cas de blessure et maladie.

Plus spécifiquement en matière d’abri au pâturage, le Code wallon du bien-être animal stipule uniquement que : « Tout animal détenu en extérieur dispose d’un abri naturel ou artificiel pouvant le préserver des effets néfastes du vent, du soleil et de la pluie. À défaut d’un tel abri et en cas de conditions météorologiques pouvant porter atteinte à son bien-être, l’animal est déplacé dans un lieu d’hébergement adéquat. »

Légalement, rien ne semble donc aller à l’encontre du pâturage hivernal, une pratique favorable au bien-être animal, sous certaines conditions.

 

Sources

  • Brule-Aupiais A. et al. Validation d’une méthode d’évaluation du bien-être des ovins en ferme et comparaison de deux types de conduites hivernales. Rencontres Recherches Ruminants 22: 179 – 182.

Fiches pratiques à consulter

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ACTUALITE

Le placement des animaux de ferme en refuge de la protection animale : une politique renforcée dans la législation wallonne

 

Depuis ce mois de juin 2018, avec pour toile de fonds la « guerre des refuges », une nouvelle loi permet de faciliter la saisie d’animaux pour cause de manquement au bien-être animal.

Ce que certains appellent la « guerre des refuges », c’est une protestation d’une majorité des refuges pour animaux wallons, regroupés en coalition pour la cause, contre ce qu’ils estiment être un des manquements de la part de l’Unité du Bien-être Animal de Wallonie (UBEAW). Entre autres suite à un cas où l’Administration proposait de restituer à un agriculteur des animaux saisis– soit un probable retour vers la chaîne de la consommation alimentaire -, ils estiment que l’Administration – et ses inspecteurs vétérinaires – «  ne se soucie pas des animaux » ou « sont trop laxistes », comme repris dans différentes déclarations faites à la presse.

Notamment suite aux doléances de cette coalition des refuges, un décret a été pris le 21 juin 2018 modifiant la loi du 14 août 1986 relative à la protection et au bien-être des animaux en ce qui concerne la saisie administrative des animaux. Ce décret a notamment pour effet de laisser la décision de la saisie d’animaux entre les mains du bourgmestre et non plus nécessairement à l’Administration compétente (UBEAW précitée).

L’exemple du tout premier cas – à notre connaissance – de saisie sous l’application de ce nouveau décret interroge quant aux compétences en matière de bien-être animal du bourgmestre et des services policiers mandatés.  Bien que le bourgmestre ait basé sa décision sur le rapport d’un vétérinaire spécialement mandaté sur place, il est par exemple étonnant que ce rapport ne fasse pas de lien entre l’état de maigreur des animaux et la race concernée, dans ce cas particulier, une race de mouton à la conformation naturellement « osseuse »… Peut-être cela s’explique-t-il par le fait que le cabinet du vétérinaire ayant validé le bien-fondé de la saisie de 6 ovins est uniquement dédié aux chiens et chats ? Quoi qu’il en soit, il reste légitime de s’interroger sur le fait qu’il y aurait pu avoir saisie des ovins en l’absence de tout manquement au bien-être animal.

Pour n’importe quel éleveur, inutile de préciser que saisie va généralement de pair avec détresse morale, diffamation dans la presse et dénigrement social. Sans oublier que les frais d’hébergement en refuge des animaux saisis – exorbitant en rapport de la marge brute apportée par un ovin – sont à charge du propriétaire, qu’il y ait ou non négligence du bien-être animal… Il s’agit d’autant d’éléments justifiant le plus grand sérieux et professionnalisme dans le processus d’expertise et de décision de saisie, d’autant que les dénonciations de riverains sont parfois fortement liées à des conflits locaux.

Pour éviter tout désagrément dans votre commune, nous ne pouvons que conseiller d’anticiper et d’interpeler votre bourgmestre sur la question.