Des couverts et des moutons


Recette gagnante pour les éleveurs et les cultivateurs !

7 novembre 2018 – Plus de cinquante agriculteurs se sont rassemblés pour échanger sur la valorisation des couverts végétaux par les moutons. Au programme : visites d’essais implantés chez plusieurs agriculteurs en Wallonie et témoignages d’éleveurs et céréaliers français précurseurs en la pratique. Cette journée a mené à la création de 3 nouveaux partenariats entre éleveurs et cultivateurs.

C.Régibeau, Collège des Producteurs

DES MOUTONS DANS LES COUVERTS : POURQUOI FAIRE ?

Couvert d’avoine, RGI, Trèfle d’Alexandrie, vesce, colza fourrager et radis structurator implanté à Corbais.

Pour donner à manger aux animaux et au sol ! Des couverts composés de plusieurs espèces (par exemple : graminées, légumineuses, crucifères) procurent aux moutons une alimentation équilibrée couvrant les besoins des animaux quel que soit leur stade physiologique (entretien, gestation, lactation et engraissement). Cela leur offre une ressource fourragère à pâturer lors d’une période de l’année où ils seraient normalement en bergerie. Le mouton ne risque pas d’abimer la structure du sol malgré des conditions peu portantes en automne ou en hiver. Atout non négligeable : il permet de valoriser le couvert avant la date de destruction légale de 3 mois, pour autant que deux espèces du couvert repoussent.

« Le système agricole idéal est un système agro-sylvo-pastoral. L’introduction des moutons dans les cultures assure un cycle complet au niveau des éléments du sol (N, P, K, …). Le pâturage dope la vie du sol et permet de diminuer l’usage de produits phytosanitaires », Claude Henricot, céréalier et éleveur à Corbais.

LES COUVERTS

Les couverts végétaux ont une multitude de fonctions agronomiques et écologiques. D’une part, ils jouent un rôle réglementaire de piège à nitrate pour réduire le lessivage de l’azote (préservation des ressources en eau). Ensuite, ils protègent et nourrissent la vie du sol. On observe aussi des augmentations de rendements, une réduction des coûts par le développement de la lutte intégrée, permettant une réduction de l’emploi de produits phytosanitaires (herbicides, insecticide et fongicides). En outre, la transformation de la biomasse par le mouton permet de restituer au sol de l’azote sous une forme plus rapidement disponible pour la culture suivante. Cette restitution diminue le rapport carbone/azote (C/N) du couvert. C’est une manière de rendre le couvert plus efficace en termes de disponibilité d’azote, de stockage de carbone et d’augmentation du taux d’humus dans le sol.

VISITES D’ESSAIS FOURRAGERS IMPLANTÉS DANS DIFFÉRENTES RÉGIONS

Sous l’impulsion de 5 éleveurs avec le soutien de 4 cultivateurs, plus de 30 ha d’essais de couverts ont été mis en place. Le but étant de trouver un bon compromis entre l’effet agronomique, la valeur alimentaire et le prix tant pour le cultivateur que pour l’éleveur. Des mélanges identiques ont été implantés à Buzet (Nivelles), Corbais, Marchin et Tenneville pour avoir une base de comparaison commune. Lors de la visite de terrain, les premiers constats tirés sont surtout d’ordre économique et pédoclimatique. Le prix des mélanges doit être fortement réduit par la propre réalisation de ceux-ci par exemple. Pour des régions comme l’Ardenne, les choix d’espèces et même de variétés doivent être approfondis.

« Les couverts procurent un fourrage de très bonne qualité », Antoine Mabille, éleveur de 240 brebis à Buzet. « Le pâturage des couverts me permet de sécuriser mes ressources fourragères et de détenir environ 30 % d’animaux en plus par ha », Nicolas Marchal, éleveur de 150 brebis à Les Waleffes.

Visite d’essais de différents mélanges fourragers à Tenneville avec 40 agriculteurs.

GROUPE OPÉRATIONNEL ÉLEVEURS-CULTIVATEURS

La journée a permis de faire le point sur les préoccupations et les priorités à développer pour les couples d’agriculteur/ éleveur dans les prochains mois.

« La collaboration et les échanges avec les céréaliers sont très enrichissants ». Ludovic Maréchal, éleveur à Tenneville de 200 brebis qui auront valorisés 40 ha de couverts et de repousses de colza à l’extérieur de l’exploitation.

Quelques points retenus :

  • nécessité de faire connaître la pratique auprès du monde agricole et du grand public,
  • achats groupés de clôtures temporaires et de semences de couverts,
  • continuer la réflexion sur les mélanges et associations d’espèces et de variétés ainsi que sur le coût des mélanges,
  • au niveau de la recherche agronomique, prolongation de la mise en place d’essais de type fourrager plus ciblés selon les régions et mesures des valeurs alimentaires,
  • du point de vue du sol, analyse de l’impact du pâturage sur la dynamique de l’azote entre des couverts pâturés ou mulchés/broyés

PLATEFORME D’ESSAIS À TENNEVILLE

Vue d’essais de pâturage mis en place pour étudier la dynamique de restitution de l’azote à la culture suivante

Une quarantaine de personnes se sont réunies sur une dizaine d’hectares de couverts. C’est une parcelle mise à disposition d’un éleveur par un cultivateur pour valoriser avec ses moutons un couvert implanté entre épeautre et maïs. Six mélanges différents semés le même jour ont pu être comparés. Les conditions pédoclimatiques de la région étant fort différentes des autres régions visitées, les couverts n’étaient pas fort développés mais présentaient une biomasse relativement homogène quel que soit le mélange. Tous les essais de la parcelle étaient composés à la fois d’espèces gélives, qui une fois pâturées ne repousseront pas (avoine blanche/rude, pois fourrager de printemps, radis chinois/ structurator, …), et non-gélives (seigle/triticale/Ray-grass, trèfle incarnat etc.). Cela permet de prolonger au maximum la période de pâturage en automne/hiver et de profiter d’une repousse au printemps avant l’implantation du maïs.

« Le pâturage des couverts est une pratique écologique et naturelle. Cette valorisation permet de se passer d’un broyage ». Aurélien Divers, éleveur de 450 brebis à Heppignies. Ses brebis auront pâturés 85 ha de couverts chez lui et ses voisins.

TÉMOIGNAGES D’ÉLEVEURS FRANÇAIS

La journée s’est poursuivie par des témoignages et discussions avec deux agriculteurs français ayant déjà une certaine expérience de la pratique.

Antoine Cuypers est éleveur au sein de l’exploitation polyculture-élevage familiale dans l’Oise. Elle est composée de 600 ha en agriculture de conservation depuis 2010 et d’un troupeau ovin de 800 brebis romanes depuis 2012. L’élevage a été introduit pour trois raisons :

  • valoriser les couverts aux niveaux économique et agronomique ;
  • augmenter la résilience de la ferme en amenant une autre source de revenu ;
  • ré-établir un lien social avec les citoyens au travers des animaux :
Les couverts procurent un fourrage de grande qualité. Ici, le couvert est composé d’avoine, de trèfle d’Alexandrie, de féverole et de tournesol.

« Avant, j’étais juste céréalier. J’étais un c… . Je pollue, je salis les routes, je pue. (…) Là, j’ai des moutons ! Le mouton, c’est sympa. Ca a tout changé ! » nous dit-il au sujet de l’image et de ses relations avec les citoyens.

Afin d’augmenter l’autonomie fourragère sur l’exploitation et de réduire les coûts d’alimentation, la moitié du troupeau est en permanence au pâturage. Il travaille en pâturage tournant dynamique; soit une grosse charge à l’hectare pendant des durées courtes afin de préserver la structure du sol et de bien valoriser le fourrage. Ses ressources fourragères sont très diversifiées tout au long de la saison :

  • des repousses de colza après la moisson ;
  • des couverts diversifiés et un déprimage de blé précoce en automne-hiver ;
  • des couverts Ray-Grass italien/trèfle fin d’hiver ;
  • un déprimage du blé au printemps ;
  • des prairies temporaires et de l’éco-pâturage en été.

« Avec ces différentes ressources fourragères, je me dirige vers un système 100 % plein air sans utilisation de la bergerie »

Laurent Loury est éleveur et céréalier double actif dans l’Aisne en Picardie. L’exploitation est composée de 100 ha de cultures et de 10 ha de superficie fourragère. Le troupeau est composé de 150 brebis Ile-de-France et de 10 vaches allaitantes avec le but de monter à 250 brebis. La conduite du troupeau est en plein air intégral. « Je produis mes agnelles de renouvellement pour qu’elles soient adaptées à la conduite du plein air intégral, notamment au niveau des pattes », précise-t-il.

Les brebis sont en lutte en mars-avril sur des prairies naturelles. La gestation se finit sur un couvert d’été et l’agnelage et la lactation ont lieu à l’extérieur début septembre sur des repousses de colza. Le pâturage se poursuit sur de couvert à base d’avoine, de vesce et de radis. Les agneaux sont finis sur du colza fourrager et les brebis finissent l’hiver sur des couverts Ray-Grass Italien/colza fourrager.

Ses agneaux produits sous la mère sont abattus à 120 jours de moyenne, soit 10 jours de plus que des agneaux de bergerie. Concernant des inquiétudes relatives à la couleur de la viande, il nous répond : « Ce sont des agneaux jeunes, la couleur reste similaire à celle des agneaux de bergerie». Ils sont classés U2 avec un poids carcasse de 20 kg en moyenne.

Agneaux à l’engraissement sur colza fourrager. Source : L.Loury.