(Communiqué de presse) Cellule Info Viandes : Les éleveurs participent au développement durable !


Consulter le communiqué – www.celluleinfoviandes.be – 28 janvier 2019

A quelques jours de la sortie du rapport de Greenpeace sur le climat, l’occasion est idéale d’expliquer les chiffres mondiaux qui circulent quant à l’empreinte écologique de l’élevage, sans pour autant la nier. Comme l’explique A. CLINQUART, Docteur en Médecine Vétérinaire et expert en technologie des denrées alimentaires à l’Université de Liège,  « Chacun peut accorder à la viande la place qui lui revient, et l’exprimer dans son comportement alimentaire selon qu’il est amateur de viande, végétarien/végétalien, ‘flexitarien’, … Chacun de ces comportements est possible à l’échelle de l’individu mais aucun d’entre eux ne peut être envisagé comme la seule solution possible à l’échelle de la population. »

Analyse et décryptage

  • Elevage, transport et émission des gaz à effet de serres : des méthodes de calcul bien différentes
  • Non, il ne faut pas 15 000 litres d’eau pour produire un steak de viande
  • Oui la viande pollue, mais on en mange moins que des produits végétaux
  • Les prairies, véritables puits de carbone, sont bénéfiques à l’environnement
  • L’élevage wallon inscrit dans la durabilité
  • La disparition de l’élevage pourrait conduire à la désertification de certains écosystèmes
  • Élevage, emplois, traditions et société
  • Des gestes citoyens au quotidien contribuent au développement durable

Elevage, transport et émission des gaz à effet de serres : des méthodes de calcul bien différentes 

Les rapports des scientifiques mondiaux placent l’élevage comme 2ème principale source d’émission des gaz à effets de serre (GES), juste après le secteur du transport. En fait, ces chiffres peuvent être remis en cause car les méthodes de calcul diffèrent. D’un côté, une prise en compte de l’entièreté du cycle de vie de l’élevage. De l’autre, la prise en compte des GES émis uniquement par les pots d’échappement du parc circulant.

Des méthodes de calcul différentes : Contrairement aux chiffres communiqués pour le secteur de l’élevage, le calcul des émissions du secteur du transport mondial ne prend en compte que les émissions de gaz à effet de serre des véhicules en circulation!

Par ailleurs, les chiffres diffusés au niveau mondial ne traduisent pas la réalité de la Wallonie : l’élevage (13% GES) émet deux fois moins que les transports (25% GES).

 

 

Explications

La FAO a publié en 2006 un rapport qui attribuait à l’élevage l’émission de 18 % de GES à l’échelle de la planète. Ce chiffre a été comparé aux 14,5 % attribués au secteur du transport par le GIEC. Mais la méthodologie utilisée pour ces calculs n’a pas été la même et une comparaison de ces deux chiffres n’est pas justifiée. En réalité, le calcul pour l’élevage se base sur le modèle des analyses de cycle de vie (ACV), qui inclut diverses dimensions du secteur, depuis l’utilisation des terres pour la production d’aliments du bétail jusqu’au transport des produits de l’élevage au point de vente. À côté de cela, le chiffre sur lequel on s’est basé pour les émissions du secteur du transport ne prend en compte que les émissions de GES des véhicules en circulation. Les GES liés à la fabrication des véhicules et à l’extraction, raffinage et transport du pétrole n’entrent pas dans le calcul, alors que ces données compteraient dans une ACV et augmenteraient la part des émissions de GES pour le secteur du transport.

Selon les derniers chiffres de l’Agence wallonne de l’air et du climat (AWAC), l’agriculture (toutes filières confondues) contribuerait pour seulement 13 % des émissions wallonnes de GES, bien derrière les secteurs du transport (25 %) et de l’industrie (30 %). Abolir l’élevage en Wallonie n’aurait qu’un faible impact sur la réduction des émissions de GES.

Il faut seulement 50 L d’eau pour produire 1 kg  de viande en Wallonie

Dans la fin des années 1980, les premières études sur l’empreinte eau de la viande bovine sont apparues. On estimait à ce moment que plus de 200 000 L d’eau étaient nécessaires pour produire 1 kg de viande. Ces premières estimations mélangeaient trois différents « types d’eau » : l’eau « verte » (eau de pluie), l’eau « bleu » (eau douce des lacs et rivières) et l’eau « grise » (eau polluée par les processus de production). En ce qui concerne le bœuf, les données disponibles actuellement indiquent une empreinte totale d’environ 15 400 L/kg, dont 94 % d’eau verte, 4 % d’eau bleue et 2 % d’eau grise. Cela signifie que la plupart de l’eau attribuée à la production de viande représente en fait l’eau de pluie, qui tomberait avec ou sans la présence du bétail. Une nouvelle méthode, appelée le calcul de l’empreinte consommative, tient compte de la disponibilité d’eau dans une certaine zone et mesure l’impact d’une activité de manière plus précise. À titre d’information, l’empreinte consommative de la viande bovine serait de 50 L/kg en Wallonie.

La production de viande a un impact sur l’environnement, tout comme pour les autres aliments que nous consommons

Et si on s’interrogeait maintenant sur l’impact environnemental de la consommation de viande rouge dans le cadre d’une alimentation saine et équilibré ? Une équipe de recherche italienne a relevé le défi. Ces chercheurs ont calculé l’impact de deux régimes considérés comme étant sains : le régime méditerranéen (qui comporte environ 60 g de viande/jour) et le régime nordique (qui inclut environ 90 g de viande/jour). Leur conclusion est surprenante : les émissions de GES associés à la consommation de viande dans le régime méditerranéen sont presque deux fois moins élevées que celles associés à la consommation de céréales, pommes de terre, fruits et légumes. Pour le régime nordique, les produits d’origine végétale contribuent légèrement de manière plus importante aux émissions de GES que les produits d’origine animale. Une alimentation équilibrée et variée est bénéfique pour la santé et pour l’environnement !

 

Les prairies, véritables puits de carbone, favorables à l’environnement

En Région wallonne, 60 à 80 % de la ration d’un bovin est constituée d’herbe. Dans les zones non cultivables (telles que l’Ardenne), les prairies sont les seules « cultures » possibles et les ruminants (bovins, ovins et caprins) sont les seuls capables de transformer l’herbe en lait et en viande. Plusieurs études démontrent les bénéfices environnementaux des prairies et des zones herbeuses : biodiversité plus grande, diminution de la sensibilité des sols à l’érosion et meilleure filtration des eaux. La diversité des espèces de fleurs favoriserait également les populations de pollinisateurs, qui jouent un rôle très important dans la fécondation des plantes. De plus, les prairies wallonnes ont la capacité d’absorber 1,6 t de carbone par hectare, ce qui compense les émissions de trois ruminants. Sachant qu’en Wallonie la législation autorise maximum 5 bovins par hectare, mais qu’en moyenne ils ne sont que 2,5, on peut affirmer que les prairies compensent largement les GES des élevages wallons trop souvent injustement incriminés.

L’élevage wallon inscrit dans la durabilité

L’herbe associée au maïs herbagé, aux céréales et aux coproduits tels que les pulpes de betteraves, que les éleveurs produisent au niveau de leur exploitation ou qu’ils peuvent obtenir facilement en Wallonie, garantit une autonomie alimentaire qui peut atteindre les 85-90 %, voire les 100 %. En effet, l’agriculture wallonne permet de mettre en place une approche écologique visant à lier la production bovine au sol aux sous-produits qui n’entrent pas en compétition avec la consommation humaine. En outre, la bonne valorisation des effluents issus de l’élevage permet de réduire les besoins en engrais de synthèse. En plus de contribuer significativement à la mise en place d’une économie circulaire, une telle approche augmente considérablement l’efficacité et la durabilité des systèmes herbagers.

Supprimer l’élevage pourrait même conduire à la désertification de certaines régions. En effet, au cours du 19e siècle, un milliard d’hectares de terres arables ont disparu dans le monde, soit la surface des Etats-Unis. La cause principale en est la disparition de l’élevage et de ses fonctions, qui a conduit à une désertification des terres. Les sols pâturés contribuent par leur texture et par la couverture en herbe à la limitation des pertes d’eau par ruissellement et à la recharge des nappes phréatiques. Ainsi, la substitution des productions animales par les productions végétales ne s’accompagne pas toujours d’effets bénéfiques pour l’environnement.

Élevage, emplois, traditions et société

L’élevage de bovins en Wallonie possède une longue tradition, et les producteurs et artisans révèlent dans leurs produits toute l’authenticité du terroir wallon. Plusieurs produits en sont issus : le saucisson, le jambon et le beurre d’Ardenne, le pâté gaumais et le fromage de Herve. Les élevages bovin et porcin génèrent ensemble plus de 10 000 emplois au niveau de la production agricole et de l’amont (services à l’agriculture), plus 3 500 emplois dans les industries de transformation et environ 1 360 emplois dans la distribution.

Des gestes citoyens au quotidien contribuent au développement durable

Bien que l’élevage participe à son échelle à l’utilisation des ressources naturelles, il est injuste de décrire cette activité comme la principale cause de détérioration de notre planète. Le Prof. Frédéric Leroy (VUB) souligne que les véritables problèmes auquel nous devons faire face sont impopulaires : l’utilisation des combustibles fossiles et l’hyperconsommation. Selon une étude suédo-canadienne, les actions individuelles les plus efficaces pour lutter contre le changement climatique sont la réduction de ses déplacements en voiture et en avion.

À l’heure actuelle, on estime que plus du tiers de tous les aliments produits sont perdus avant qu’ils n’arrivent sur le marché ou sont gaspillés par les ménages. La réduction des pertes et du gaspillage alimentaires et une consommation de produits locaux et de saison sont d’autres mesures permettant de réduire la demande de produits alimentaires et les impacts environnementaux associés.

Pour conclure, il convient de porter un regard objectif et critique sur les nombreux messages véhiculés concernant la consommation de viande et éviter les généralisations et les simplifications abusives. Chacun doit être libre adopter des comportements qu’il juge les plus pertinents selon ses convictions : certains arrêteront de manger de la viande et d’autres renonceront à leur voiture ou aux voyages à l’autre bout du monde. Chacun de ces comportements est possible à l’échelle de l’individu mais aucun d’entre eux ne peut être imposé comme la seule solution possible pour sauver la planète.

 

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SOURCES

Réseau de la Cellule d’Information Viandes –

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ANONYME. 2018. Il faut réduire de 90% notre consommation de viande pour sauver la planète. L’Écho, 12.10.18, https://www.lecho.be/entreprises/alimentation-boisson/il-faut-reduire-de-90-notre-consommation-de-viande-pour-sauver-la-planete/10058330.html (consulté le 7.1.19).

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