Agriculteurs, pesticides et riverains : faisons le point


Contrairement à certaines idées reçues, les professionnels de l’agriculture et de l’horticulture comestible et ornementale sont soumis à de nombreuses législations encadrant l’utilisation des produits phytopharmaceutiques, couramment appelés « pesticides ». A l’inverse des particuliers, ils les utilisent dans des cadres stricts et réglementés, doivent obtenir une licence d’utilisation, appelée « phytolicence », et doivent suivre des formations continues pour en maitriser les bonnes pratiques.

De nombreux organismes contrôlent les producteurs

La Wallonie fait d’ailleurs souvent figure de bon élève pour la rigueur de ses contrôles, si bien que tous les producteurs (agriculteurs, horticulteurs, pépiniéristes, producteurs de sapins de Noël) sont susceptibles d’être contrôlés à la fois  au niveau fédéral par l’Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaine Alimentaire (AFSCA) et le service inspection du SPF DG environnement; mais aussi au niveau régional/Wallonie, par la police de l’environnement – SPW Direction des Contrôles, ou encore par les pompiers qui inspectent les locaux où sont entreposés les produits. La plupart des producteurs font aussi valider leur cahier d’autocontrôle par un organisme certificateur indépendant selon, par exemple, le cahier des charges ‘Standard Vegaplan’ (qui couvre plus de 75%  de la Surface Agricole Utile wallonne), ou encore le certificat mondial ‘GlobalGap’, pour les producteurs de fruits et légumes présents en grandes surfaces. Les pulvérisateurs doivent également passer au contrôle technique tous les trois ans (réglage des doses à la sortie des buses de pulvérisation,…).

Une fréquence importante de contrôles

Des  contrôles inopinés sont également prévus, en plus des contrôles obligatoires, leur fréquence étant différente selon le type de culture. L’AFSCA procède à une analyse de risque (type de culture, etc). Certains producteurs seront contrôlés chaque année et ceux pour qui le risque est le plus faible ne seront contrôlés que tous les 8 ans. Il faut aussi savoir qu’à côté des contrôles inopinés, il peut y avoir des contrôles administratifs plus réguliers, raison pour laquelle le producteur doit tenir à jour des registres renseignant les entrées de pesticides sur la ferme et l’utilisation qui est faite de ceux-ci. De plus, les organismes certificateurs indépendants ont l’obligation de contrôler tous les 3 ans la plupart des producteurs pour valider l’application de la règlementation d’autocontrôle.

De nombreuses mesures de protection pour les riverains

Concrètement, même s’il n’y a pas de zone tampon spécifique pour tous les riverains, on ne peut pas conclure qu’aucune mesure de prévention ne soit prise. Les prescriptions de la lutte intégrée sont un minimum légal à respecter, les agriculteurs ne traitent plus de manière systématique mais uniquement quand c’est nécessaire, sur base d’avertissements envoyés aux producteurs. Ces avertissements sont basés sur l’apparition des premiers symptômes de maladies, ou sur des comptages de parasites présents, et alertent quant à la nécessité de traitements, en dernier recours. Retenons que dans le principe de la lutte intégrée, les méthodes alternatives doivent être privilégiées, avant tout traitement.

D’autre part, lorsqu’ils doivent avoir recours aux pesticides pour désherber ou protéger leurs cultures face aux maladies et ravageurs, les agriculteurs appliquent des mesures de précaution strictes en faveur de la protection des riverains et de l’environnement. Ils ont ainsi l’interdiction de traiter à moins de 50m des zones sensibles (cours de récréation, crèches, hôpitaux et maison de santé,…) pendant les heures d’occupation de ces lieux. Ils n’ont pas non plus l’autorisation de traiter lorsque le vent a une vitesse supérieure à 20 km/h. Ils évitent également les heures chaudes et sèches pour minimiser les risques de volatilisation. Par ailleurs, ils sont tenus de réduire la dérive à minimum 50% (voire 90% pour certains produits), une mesure importante qui limite fortement la dispersion des produits phytopharmaceutiques.

En conclusion, la Wallonie prend en compte les préoccupations des riverains, par des pratiques agricoles strictement respectueuses des normes en vigueur et par la mise en place de contrôles. D’autre part, la fonction nourricière de notre agriculture est souvent minimisée voire oubliée, or les enjeux de demain face au changement climatique et à la pression exercée par de nouveau ravageurs passeront par le soutien à la recherche de variétés résistantes et de solutions encore plus respectueuses de l’environnement. 

Article rédigé dans le cadre d’une Carte Blanche proposée au Journal Le Vif – 19 septembre 2019