[Résultats enquête haies] Planter des haies en Wallonie : quels sont les freins et les leviers pour que les agriculteurs participent au plan wallon des 4 000 km de haies ?


Le Gouvernement Wallon ambitionne de planter 4 000 km de haies d’ici 2024. Cet objectif ne pourra être atteint qu’avec une mobilisation forte des citoyens, des communes, mais aussi bien sûr des agriculteurs. Comme le montre une enquête, beaucoup de producteurs se sentent concernés, notamment par l’impact favorable de cette mesure sur la biodiversité. Cette enquête a été réalisée par le Collège des Producteurs en collaboration avec la FUGEA, l’UNAB, NATAGRIWAL et la FWH.

plantation de haies - crédit photo Sébastien Pirotte

L’objectif de l’enquête était d’identifier les quantités de haies susceptibles d’être plantées ainsi que les freins et leviers à considérer dans le cadre de la mise en oeuvre d’un mécanisme de soutien renforcé de la Wallonie. Des outils existent déjà actuellement pour inciter à planter des haies, des arbres isolés et des vergers dans une ferme. L’idée étant de voir comment les améliorer, et dans quelle direction aller. Les résultats ont été officiellement présentés lors du GT agriculture de la Task Force ‘Haies’ de la Wallonie début septembre.

Une enquête représentative de la diversité des fermes wallonnes

L’enquête a été initiée fin juin, au travers un formulaire digital composé de 31 questions, qui a permis de récolter les pratiques et intentions de plus de 700 agriculteurs. On peut sous-entendre que beaucoup de producteurs se sentent concernés par le sujet. En termes de méthodologie, et par rapport à la répartition géographique des agriculteurs wallons, on peut dire qu’il y a une légère sur-représentation des répondants en province de Liège (30% de répondants versus 25% d’agriculteurs actifs sur cette province), et une sous-représentation en province du Hainaut (22% de répondants versus 30% d’agriculteurs sur cette zone).

Au niveau de la représentativité des différentes filières, les secteurs bio, ovin/caprin, avicole, et horticulture ornementale ont été légèrement sur-représentés par rapport à la représentativité réelle de ces productions. Les éleveurs bovins constituent plus de la moitié des répondants. Globalement, on peut donc considérer que le profil des répondants est représentatif de la ferme wallonne.

Répartition des répondants – enquête juillet 2020

Les facteurs qui influencent la longueur des haies

La longueur moyenne de haie pour la région wallonne est estimée à 1,57 km de haies par exploitation. Ce qui correspond à la moyenne de 1,47 km exprimée par les répondants au travers de l’enquête. Selon l’enquête effectuée, 46% des répondants estiment pourtant avoir moins de 500 mètres de haies plantées. La longueur moyenne des haies plantées est très variable par exploitation, plusieurs facteurs pouvant l’influencer. La longueur des haies est directement liée au mode de production, à la superficie totale de l’exploitation et à la région agricole .

Tout d’abord, alors que la moyenne totale ressortie par l’enquête est de 1,47 km, ce chiffre monte jusqu’à 2,21 km chez les agriculteurs bio. Ensuite, les régions Fagne, Famenne, Haute Ardenne, Herbagère et Jurassique ont des moyennes supérieures à 2,25 km. A l’inverse, dans les exploitations de plus de 200 ha, la longueur moyenne des haies plantées est plus petite (1,14 km). Les exploitations de 20 à 50 ha proposent des longueurs plus élevées que la proportionnelle. Bien qu’il n’y ait pas eu d’analyses détaillées du lien entre les plantations de haies (passées ou en intention) et le statut foncier des terres concernées, le pourcentage de terres en propriété semble peu discriminant dans les résultats.

Etat des lieux des plantations de haies existantes

Sur l’ensemble des 700 répondants, 29% ont répondu avoir planté des haies ces quatre dernières années, avec une moyenne de 467 m, pour une longueur totale estimée à 78km. Chez les agriculteurs bio, c’est près de la moitié qui ont effectué des plantations.

Parmi ceux qui ont planté des haies, 21% des agriculteurs ont fait appel à des conseils extérieurs auprès des parcs naturels, de l’asbl Natagriwal ou encore de conseils privés. Seulement 23% des planteurs ont eu recours à des aides financières.

Les intentions de plantation

51% des répondants ont déclaré avoir l’intention de planter des haies dans les 4 prochaines années, avec une moyenne d’intention de 673 m par exploitation. Il est à noter que 65% des producteurs bio envisagent des plantations avec une moyenne de 912 mètres. Les longueurs moyennes envisagées sont supérieures à 1km dans les régions jurassiques et du Condroz.

63 % des plantations envisagées le sont en simple rang (4,3 % pour le triple rang) avec une préférence pour l’aubépine, le charme et le hêtre. 19 % des plantations envisagées le seront au travers d’un appel aux professionnels.

L’influence de l’aide financière perçue

Il ressort qu’une aide financière à la plantation influencera la longueur plantée auprès de 74 % des producteurs qui avaient déjà l’intention de planter. Et sur les 49% de répondants qui ont déclaré ne pas avoir d’intention de plantation, 26 % d’entre eux seraient quand-même prêts à revoir leur opinion. A la question « quel pourcentage du coût de plantation devrait selon vous être subsidié », les répondants estiment que l’aide financière devrait représenter 74 % du coût de plantation. Actuellement plafonnée à 80% du coût, la prime rencontre les attentes exprimées. 

En ce qui concerne l’estimation des coûts de plantation, il y a une grande diversité de réponses, allant d’un coût estimé à 0€ du mètre jusqu’à 30€ du mètre. Cette disparité peut révéler une méconnaissance de la question. La valeur médiane des réponses pour le coût de la plantation est de 10 € au mètre, et de 3 € au mètre pour le coût de l’entretien. Un travail pour une meilleure information des coûts de plantation et d’entretien devra être fait. Le système de soutien financier ne devrait dès lors pas se concentrer uniquement sur la plantation mais également sur des mécanismes d’aides pour l’entretien.

Les facteurs qui impactent les intentions de plantation

Motivations à la plantation de haies récoltées auprès de 700 producteurs wallons – juillet 2020

La motivation majeure des répondants pour les plantations effectuées ou envisagées est, de loin, l’amélioration de la biodiversité. L’évitement des dérives est la seconde motivation pour les producteurs bio. Fait particulièrement marquant, il ressort que près de 40 % des répondants sont intéressés par un système de mutualisation de l’entretien,

avec comme objectif de mutualiser les coûts d’investissement et la main d’œuvre, ainsi que de gagner du temps. A contrario, 30 % des répondants ne souhaitent pas un système de mutualisation d’entretien, dans le but de garder leur indépendance, ou parce qu’ils ont déjà le matériel, ou simplement car ils n’auraient pas confiance.

Les raisons de ne pas planter

Les producteurs qui ne comptent pas planter de haie, même si une aide financière est en place, évoquent comme raisons principales le temps et la trésorerie nécessaires,

l’entretien, la présence de haies existantes suffisantes, et enfin, le risque de contrôle accru. Il est à noter la moitié de ces producteurs affirme que rien ne leur fera changer d’avis.

Ce que nous pouvons retenir

De manière réaliste, sur base de la représentativité des profils d’agriculteurs, et compte tenu d’une hypothèse de 25 % de passage à l’acte, on serait tenté de dire que les agriculteurs seraient prêts à planter au minimum 1 000 kilomètres de haies dans les 4 prochaines années. Les résultats de l’enquête nous apprennent aussi que, sans modalités spécifiques, un système d’aide financière à la plantation ne suffira pas à augmenter les intentions de plantation par les agriculteurs. Cette aide financière influencera surtout la longueur des haies auprès des producteurs qui ont déjà l’intention de planter. Cela impactera aussi les intentions de plantation dans ces régions qui ont déjà une plus grande densité de haies.

Des mesures complémentaires à l’aide financière semblent devoir être envisagées dès lors que
i) des régions à faible biodiversité ou faible densité de haies seraient ciblées,
ii) des producteurs non sensibilisés à la question seraient ciblés. Pour ces derniers, il faudra avoir une réflexion pour voir comment on pourrait lever le blocage sociolo­gique.
L’aide à l’entretien et une sensibilisation à la conservation des sols sont potentiellement importantes en ce sens.

Au même titre que d’autres, l’ensemble de ces données permettent de compléter la stratégie du plan haies du Gouvernement.


Appel aux producteurs qui ont l’intention de planter des haies

Vous aussi avez l’intention de planter des haies dans les 4 prochaines années ?

Pour vous aider à réfléchir à votre projet et si vous souhaitez un accompagnement merci de compléter vos coordonnées pour que nous puissions reprendre contact*. Nous sommes en train de constituer une liste de producteurs motivés par le projet. Le facilitateur de plantation pourra alors vous donner plus d’informations sur les mesures d’aide mises en place et les modalités. Ensemble, vous pourrez aussi convenir des solutions optimales de plantation, voire des mesures d’encadrement.

Vous pouvez aussi vous faire connaitre en envoyant un e-mail à alain.grifnee@collegedesproducteurs.be ou en téléphonant au 081 240 430.


*Vos données sont traitées en toute confidentialité et d’utilité uniquement pour vous offrir un service d’encadrement.